La question sotte que je pose est bien naturellement une simple amorce à ce que je vais tenter de construire sous la forme d’introduction. Mais cette question, tout de même, appelle de toutes ses lettres une quantité incroyable de dilemmes qui se posent aux bloggeurs. En premier lieu, y-a-t-il un intérêt à écrire sur internet, à prendre de son temps pour exposer quelques avis, pour expliciter quelques détails, pour livrer au regard de l’autre quelques idées, plus ou moins bancales ? La réponse du démon se résume à quelque chose comme le désir d’être lu. Il est toujours plus agréable, plus gratifiant, de se sentir lu, ne serait-ce par une seule et unique personne. Mais outre cette commune histoire d’écrivaillons, voire de rimailleurs, la question se poursuit selon moi sur deux points essentiels : peut-on lire physiquement sur Internet ? Doit-on adopter, comme le proclament certains, un style nouveau, plus prompte, fulgurant dans la forme et décisif dans l’idée ? En ce qui concerne le premier point, tous les bloggeurs sont conscients que leurs articles sont plus ou moins lus, que certains se sont déjà arrêtés de lire avant d’atteindre cette dixième ligne, que d’autres ont sauté délibérément le début et se retrouve comme par mégarde devant ce mot, sans le comprendre, que d’autres encore ont tout lu mais de travers, et que ce mot, justement, ils le saisissent à rebours de ce qu’il dit vraiment… Cette histoire de diagonale de la lecture, n’en déplaise à certains, est caractéristique de ce mode de rédaction. Un blog n’est pas un roman, pas même un article de journal et encore moins un texte hiéroglyphique destiné à un futur Champollion perdu dans le désert des civilisations prochaines. On se plaint actuellement de l’intrusion imminente du e-book (et bientôt, qui sait ?, Ibook)dans toutes les chaumières. Soit, l’objet pose un problème pour les librairies, les maisons d’éditions, etc. Mais si cette objet nous permet, espérons-le, de lire convenablement, calmement calé dans son fauteuil ou allongé sur un lit, tous ces textes du Net devant lesquels, parfois, nous fatiguons non pas faute de contenu mais faute d’un léger confort, et pour le corps et pour l’œil, il me semble qu’il aura au moins servi à quelque chose : rendre lisible ce qui est, pour le moment, une lecture difficile. En ce qui concerne le style, il me semble que la question perdra de son intérêt lorsqu'on aura rendu plus opérationnel l’acte même de lire un texte sur un écran. Ce n’est pas le style qui pose problème dans un blog, c’est la difficulté à saisir du regard une page, une phrase qui se déroule sur plusieurs lignes, une idée qui se rejoint à cinquante mots d’intervalle. Je vous entends déjà : quoi, un partisan de l’Ibook, symbole de destruction du livre !? Je suis un lecteur de papier, pour ne pas dire un lecteur de paille. Mais tout le monde ne peut pas imprimer ces centaines de feuillets, tout le monde ne peut pas suivre du regard les longues rangées de pixels qui parent nos écrans. L’écrit à finit par rejoindre l’écran. Et que dire face aux progrès, car nous sommes tous, au final, des hommes de paille. C’est à nous d’affirmer ce que nous voulons.

Si je devais conclure cette introduction un peu longuette, il me faudrait évoquer très rapidement, trop succinctement, la place de la critique sur Internet, dans les blogs. Mais cela demande un peu plus que quelques lignes. On déplore le manque, voir l’absence, de pertinence dans 99% des sites sur la littérature ? Certes, c’est une constatation juste. Mais Internet n’est-il pas le lieu du plus grand nombre ? On déplore, en faisant ça, le manque d’originalité de la population. On se plaint de la vulgarité des hommes. On souhaiterait, au fond, que tous ces hommes sans originalité se taisent ou, encore pire, que ces hommes communs, ces gens « comme tout le monde » deviennent des originaux, des hommes à idées… En résumé, cela revient à se dénier soi-même, cela revient à refuser notre capacité à saisir non pas ce qui serait une sorte de révélation – qui croit encore de nos jours aux révélations ? – mais ce dont nous avons besoin en tant que lecteur. Et cela, que l'on se considère ou non, avec raison ou pas, comme un homme original... Du marketing, me diront-certains. Effectivement. Allez voir sur Wikio et vous comprendrez. Les amides et les aigles se côtoient. Est-ce qu’un plancton se soucie du lion ? Non, il craint à cause du petit poisson qui glougloute à deux pas de lui… Pas de démocratie participative, non non, un simple bordel cosmologique à l’échelle de l’humain. Qu’il soit permis maintenant à l’homme des souterrains de dire quelques mots…  car nous autres, les hommes du souterrain, quand nous remontons vers la lumière et que ça éclate, nous nous mettons à parler, parler, parler…